Raconte-moi une histoire…

Quand on aborde la technique de la construction des histoires en hypnose, je pense toujours à Milton Erickson qui, quand on lui posait la question de son métier, avait coutume de répondre :

« Les gens viennent me voir, je leur raconte des histoires, et ils changent… »

Raconter (et/ou écouter) des histoires est une activité qui se perpétue depuis la nuit des temps. En groupe ou seul, autour d’un feu ou assis confortablement dans un fauteuil, l’homme aime s’adonner à cette activité qui fait appel à son imaginaire. Qui n’a pas déjà changé de point de vue, de croyances, d’idées sur le monde, suite à une lecture ? Qui ne se laisse pas transporter par les intrigues, les personnages qui résonnent en nous, des émotions… Vous voyez bien où je veux en venir ? Eh oui, les histoires créent un état de conscience modifié chez le lecteur, d’où l’importance pour l’hypnotiseur de savoir les créer et les raconter.

1.Etapes de la construction d’une histoire (d’après « Jardiniers,princesses et hérissons » de Consuelo Casula).

Pour construire une métaphore, il est important de s’adapter au sujet en prenant connaissance du problème présenté par celui-ci, ainsi que de son fonctionnement, sa « carte du monde », afin de construire une métaphore qui sera personnalisée, qui entrera dans sa conception du monde.

Le récit reprendra les éléments du problème, transposé dans un univers qui parle au sujet, auquel s’ajoutera des recadrages, des suggestions, des changements de croyances, des solutions possibles…

2 étapes :

  • Recueil d’informations : sur le sujet, le problème, la dynamique de la situation, les personnes impliquées, les obstacles, les peurs et blocages, les changements attendus, les solutions envisageables…
  • Transformer les informations en métaphore : en créant des analogies (comparaisons), on transpose les éléments de la réalité dans le récit. Un élément qui a son importance : l’isomorphisme (c’est-à-dire une structure identique).
  • Ex : le mari devient le prince, sa femme est la princesse, le problème de couple se transforme en l’obstacle rencontré par les personnages…

Tout ces éléments vont contribuer à créer une histoire qui permettra le changement, d’une manière très indirecte puisque le sujet pense qu’on lui raconte simplement un récit qui concerne des héros extérieurs. C’est là la subtilité de l’évocation indirecte. Permettre au client de s’approprier le récit en se sentant en toute sécurité, puisqu’ici on ne lui parle pas directement de lui et son problème, ce qui a pour effet de lever les résistances et de rendre l’inconscient actif (puisqu’il s’approprie l’histoire en l’interprétant à sa façon).

2. Comment être un conteur hypnotique? 

Qu’est-ce qui fait d’un conteur un bon conteur ? D’un Steve Jobs ou Tony Robbins de bons orateurs? Avez-vous déjà écouté un discours dont le contenu était passionnant mais qui n’arrivait pas à capter votre attention ? Ou, au contraire, écouté un ami vous raconter un événement banal qui vous tient en haleine comme un bon thriller ?
Certaines personnes paraissent naturellement douées pour nous captiver. Mais pour les autres, bonne nouvelle, ce sont des compétences qui se développent. Il est même possible de modéliser les bons orateurs / conteurs.

Quelles qualités ? Quelles compétences?
Certaines qualités sont plutôt liées à la personnalité, comme la présence, le charisme, la confiance… D’autres, sont plus techniques, comme la gestuelle, le regard, la voix (ton, rythme, intonation, silence…)… Et de quelques natures qu’elles soient, elles se travaillent et sont donc accessibles à chacun d’entre vous. Comment ? Par l’hypnose, des activités comme le coaching vocal, le théâtre, la lecture à haute voix…

3. Il était une fois…

Au cours de ma formation en hypnose, j’assiste au détour d’un feed-back de séance à un recadrage d’un formateur (Jean Dupré pour ne pas le nommer) à un étudiant. C’est d’ailleurs le moment où j’ai réalisé l’importance de la métaphore dans le travail en hypnose et, qui m’a donné l’envie de devenir une conteuse.

Cet étudiant partage sa vie avec une femme jalouse et est malheureux. Il rencontre une jeune femme pour qui il a le coup de foudre. Il se retrouve alors dans un questionnement sans fin (un conflit entre ses valeurs amour et loyauté), tenté par l’idée de donner suite à cette relation, mais bloqué par ses peurs, sa routine.

Le formateur lui raconte alors une blague :

– Sais-tu ce qui ce serait passé si Adam et Eve avaient été chinois?

– Non, répond l’étudiant.

– Nous serions toujours au paradis car ils auraient mangé le serpent.

Cette plaisanterie amena l’étudiant à s’interroger sur lui-même et le chemin inconscient qui se fit lui permit de trouver les ressources en lui pour dépasser ses peurs.

Pour chaque personne, l’histoire est différente, notamment l’histoire qu’on se raconte de nous-mêmes.

Et vous, quelle histoire avez-vous envie de vous raconter ?

 

Pour aller plus loin :

– Jardiniers, princesses et hérissons de Consuelo C. Casula
– Métaphores thérapeutiques pour les enfants et l’enfant intérieur

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